sommaire sur : http://jean.marie.lambert.perso.sfr.fr

 

Voyage en Iran du 1/05/2006 au 30/05/2006.

 

 

 

Où le narrateur fait part d'une préparation mouvementée !

En fait, le désir d'aller en Iran est né au cours d'un voyage à Madagascar où j'avais rencontré, en octobre 2003, des Polonais qui m'avaient dit le plus grand bien de l'Iran.

C'est en septembre 2005 qu'après avoir essuyé un refus clair et net de la part de Régine (elle refuse de se rendre dans un pays où les droits élémentaires de la femme sont bafoués), je parle de mon projet à mon ami Jean.

Par le plus grand des hasards, un ami commun, Roger, à qui je dis l'avancée de notre projet, est d'accord pour se joindre à nous deux. Nous voici donc partant à trois lorsque la femme de Jean (Marie) fait part de son désir de partir avec nous…Nous voici donc quatre comme les trois mousquetaires, sauf que !

Sauf que en mars 2006, Roger renonce au voyage : il faut dire que l'Iran n'a pas bonne presse en mars 2006…

Nous voici donc trois partants, mais il s'en est fallu de peu que je ne renonce à mon tour…

Après avoir lu un article du journal "Le Monde" qui, sur une page entière démontrait carte à l'appui, comment les Américains et les Israéliens peuvent bombarder l'Iran à partir des bases US de la région, j'ai été saisi d'un véritable vent de panique et j'ai jugé, pendant 24 heures, alors que nous venions d'avoir nos visas, qu'il était parfaitement déraisonnable de se précipiter tête baissée dans une nasse d'où nous aurions beaucoup de mal à nous extirper ! Car le voyageur individuel est hautement vulnérable : aucun de nous trois ne parle le farsi, nous ne connaissons personne sur place, les informations données dans et sur le pays sont biaisées par la censure et les médias. De plus, je n'ai pas envie de me retrouver dans l'un de ces piéges de l'histoire dont l'Iran a déjà été le théâtre (voir le siège de l'Ambassade US en 1979). Et je suis de nous trois le seul à avoir l'habitude de voyager en solitaire.

Alors que nous en discutons à la terrasse d'un café, prés de l'agence de voyage qui nous a procuré notre visa (avec l'obligation de déposer notre itinéraire – lequel peut être tout à fait différent lorsque l'on est dans le pays - et de réserver par leur intermédiaire 3 nuits d'hôtel, il n'y a pas de petits profits), Jean me suggère de passer chez Nomade : ils ont l'Iran comme destination et ont probablement des informations précises sur l'état des lieux !

J'y vais donc et je me fais littéralement remonter les bretelles par le responsable de la destination qui m'explique qu'il n'y a aucun danger actuellement à voyager en Iran, en groupe, comme en solitaire…

 

Je m'en vais donc rassuré, certain qu'il faut aller en Iran : mon passage à vide est fini !

 

 

Lundi 01/05/2006. Départ pour Téhéran.

 

L'Iran ? Ça décoiffe…!

Pensez : à seulement cinq heures et demi de vol de Paris, voilà une autre écriture (changement d'alphabet), d'heure (léger décalage horaire de deux heures et demi), de date (le premier mai devient le 11 ordibehesht), d'année (de 2006 nous passons en 1385), de température (à peine 10° à Paris, 30° à Téhéran), et de nourriture, bien entendu !

En attendant, nous voici tous les trois à Roissy : Jean et sa femme, Marie, et moi, Jean Marie. Bon, je sais, le mélange des prénoms fera beaucoup rire nos interlocuteurs, mais nous n'y sommes pour rien !

Il est donc 10 heures 30 et notre avion (Air France, même si nous avons réservé notre billet par Iran Air) décolle à 13 heures 30…L'enregistrement se fait sans problème, nous ne serons qu'environ 70 passagers pour une capacité de 170 places, ce n'est pas trop étonnant !

Nous arrivons à Téhéran à 20 heures 30 et bien entendu toutes les femmes revêtent la tenue réglementaire qui, rappelons le, se limite pour les étrangères au port d'un foulard cachant les cheveux, des manches longues et des pantalons, des robes ou des jupes tombant jusqu'aux chevilles. Bon, ça n'est pas évident à porter avec la chaleur que nous allons trouver tout au long de notre voyage…

Le passage en douane s'effectue sans aucun problème, les douaniers et policiers sont parfaitement aimables et contrairement à ce que dit Lonely Planet (seul guide avec le Petit Futé à traiter de l'Iran) on ne nous remet aucun document à garder précieusement pour le retour.

Seul point étonnant : le change. Il ne nous est pas possible de changer plus de 200 euros par passeport, mais c'est tant mieux car le taux de change sera plus favorable en ville (en général, 11.500 rials pour 1 euro). Et ça fait un sacré paquet de billets, car la coupure principale est de 10.000 rials, soit pour deux billets de 100 euros, 230 coupures de 10.000. Nous trouverons par la suite des coupures de 20.000 rials, mais jamais plus.

Le taxi qui doit nous emmener à l'hôtel que nous avons réservé par Internet est bien là.

A 22 heures, nous sommes installés dans nos chambres respectives et nous en sortons pour aller dîner, mais ça n'est plus tellement l'heure ! Heureusement, notre hôte nous indique un restaurant encore ouvert. Nous allons manger là notre premier kebab et à 3, y compris une boisson (du "dugh", sorte de yaourt pétillant), nous en aurons pour 55.000 rials, soit environ 4 euros 75.

Évidemment, première difficulté pour commander notre kebab : en fait nous allons caqueter pour montrer que nous voulons un kebab poulet qui nous sera servi avec du riz ("légume" type en Iran).

Autant le dire tout de suite, nous n'arriverons jamais à dépenser plus de 225.000 rials à trois (6,50 euros par personne) en mangeant comme des goinfres !

Côté pratique, nous allons faire deux caisses : l'une pour les taxis alimentée à 50/50, l'autre à 3 tiers, pour les restaurants, les bus, les trains et les entrées musée. Ce système va parfaitement fonctionner tout au long de notre voyage !

De retour à notre hôtel, nous commandons un taxi pour demain, car nous nous envolons vers Kermân à 9 heures 40.

Les chambres sont petites et assez inconfortables : les toilettes sont à la turque et servent d'écoulement à la douche, la climatisation ne fonctionne pas (il fait trop froid selon la direction), mais, bon, ce n'est que pour une nuit ! En tout cas, la direction de La Mecque est clairement indiquée sur le mur et chacun dispose de la petite pierre où poser la tête lorsque la prière impose l'inclinaison du corps.

 

 

Mardi 02/05/2006. Vers Kermân (où nos trois héros sont subjugués par l'amabilité des Iraniens !).

 

Il fait jour dès 5 heures 30 du matin.

Je tente une sortie dans la rue : des femmes toutes de noir vêtues, des pieds à la tête, masses informes, qui retiennent leur tchador (il n'a ni agrafe ni épingle) avec leur main ou avec leurs dents. Une bosse dans le dos : c'est le sac à main porté sur l'épaule.

 

 

L'Iran !

70 millions d'habitants dont 70% ont moins de trente ans.

50% de Perses ou Farsis.

25% d'Azéris (dit Turcs), 10% de Kurdes, 3% d'Arabes (les anciens colonisateurs…).

28% de chômeurs, 25% de la population en dessous du seuil de pauvreté (soit un revenu de 1 à 2 dollars par jour...),

1.648.000 kilomètres carrés dont 11% de terres arables, 34% de terres désertiques 43% de pâturages non cultivables…

 

Après le petit déjeuner (confiture de carotte), nous prenons notre taxi pour l'aéroport, coût : 50.000 rials. Les taxis n'ont pas de compteur.

Il faudra nous y faire très vite : les prix sont pratiquement toujours annoncés en toman (une monnaie qui n'existe plus), un toman valant 10 rials. Autrement dit, le taxi nous emmène pour 5.000 tomans ou 50.000 rials…

Avant de partir, nous avons pris la précaution de demander à notre hôtelier de nous écrire en farsi le nom de l'hôtel où nous comptons dormir à Kermân : c'est indiscutablement commode pour le taxi que nous prendrons à notre arrivée.

Tout proche de l'aéroport des vendeurs de bouquets de fleurs : l'usage veut que l'on accueille les passagers avec un gros bouquet !

Nous procédons à l'enregistrement de nos bagages : le préposé est tout content de nous savoir "touristes" (il est vrai qu'on n'en verra pas des masses, c'est le moins que l'on puisse dire !).

Il nous souhaite la bienvenue dans son pays.

Au contrôle des bagages à main (entrée hommes, entrée femmes), Jean se fait arrêter pour cause de gourde : le préposé veut absolument savoir ce qu'il y a dedans et va en flairer le contenu ! C'est de l'eau ! Ouf ! Sauvés !

Car l'alcool est rigoureusement interdit…

Nous voici dans la salle d'embarquement : sur un mur un slogan "this revolution is not recognized in anywhere in the world whithout Iman Komeiny's name. Have a nice trip"

Bon, je pense qu'en farsi, le slogan passe mieux !

Je fais l'achat de délicieuses et toutes petites figues séchées, comme je n'en n'avais jamais vu !

Comme le vendeur n'a pas tout à fait l'appoint, cela se termine par un chewing gum…

Nous repassons un deuxième contrôle des bagages à main, Jean se fait encore arrêter pour cause de gourde !

Le voyage par Iran Air se passe fort bien, dans un petit avion (Fokker), bien plein.

Arrivés à Kermân, et comme j'attends prés du ruban caoutchouté que l'on nous livre nos bagages, je suis approché par une fort belle Iranienne qui me demande si je suis Iranien !

Que nenni ! Elle me souhaite alors la bienvenue dans son pays.

Pas de problème pour le taxi, grâce à notre adresse écrite en farsi ! Marie va négocier les prix des chambres. Nous ressortons pour aller nous promener dans le bazaar –avec l'accent !- (souk dans le monde arabe) : il est très loin de l'hôtel. Il ouvre l'après midi vers les 16 heures. Nous allons visiter l'école d'architecture et rencontrer un étudiant qui est très anxieux de l'image donnée à l'extérieur par l'Iran…Et qui nous demande notre avis sur ce sujet…glissant !

 Nous visitons le hammam musée du bazar et nous faisons quelques achats comme des oranges et deux foulards pour Marie. Pas de pression commerciale : rien à voir avec les souks, là on peut librement déambuler, entrer et sortir des boutiques ! A part, cependant, les marchands de tapis (c'est sûrement la corporation qui veut ça !).

Marie est spontanément aidée lors de l'achat de dattes : la cliente est professeur d'anglais ! 

Puis nous cherchons pour notre dîner une maison de thé : nous sommes accompagnés dans notre démarche par un automobiliste qui va nous indiquer le chemin et c'est vrai que l'on ne peut pas avoir le nez en l'air et une carte à la main sans que quelqu'un ne s'approche et ne se propose pour vous aider ! C'est quelque chose que nous observerons à travers tout l'Iran et pendant tout notre séjour : nous sommes frappés par la gentillesse de ceux qui s'arrêtent pour nous indiquer le bon chemin, de ceux qui nous souhaitent la bienvenue dans leur pays…

 

Bref, nous trouvons notre maison de thé où nous allons dîner : une table (en fait un "divan" où l'on grimpe sans chaussure et où l'on mange allongé ou assis en tailleur) nous plairait bien mais il y a un petit carton posée dessus qui signifie que la place est réservée.

D'autres convives s'aperçoivent de notre déception, l'un d'entre eux se lève et nous fait signe que nous pouvons y aller mais comme nous sommes réticents à prendre la place des autres, il va demander au serveur si nous pouvons nous y installer : la réponse est oui ! Les gens qui sont installés sont curieux de nous : ils veulent savoir d'où nous venons, où nous allons, si nous sommes tous seuls ou en groupe…Une Allemande, mariée à un Iranien, resté travailler en Allemagne pendant que sa femme rend visite à sa belle famille en Iran, s'étonne que nous puissions voyager seuls, sans guide, sans farsi !

Un "petit jeune" passe entre les tables et propose, moyennant finance, la bonne aventure sous la forme d'un serin qu'il sort de sa cage et qui, bien dressé, va saisir dans son bec un morceau de papier sur lequel est inscrit en farsi toutes les bonnes choses qui vont nous arriver ! C'est une jeune Iranienne, parente de notre Irano Allemande qui va se charger de la traduction : rien que du bonheur !

A  un "divan" voisin s'installe un groupe de 7-8 personnes : elles nous voient et viennent vers nous, sans parler ni l'anglais, ni le français…Une jeune femme nous demande d'inscrire en français sur un carnet qu'elle sort de son sac des mots comme bonjour, bonsoir, merci, au revoir…Je vais donner une figue sèche à une petite fille : elle va refuser par deux fois et accepter la troisième : c'est une règle de politesse en Iran ! Vous devez refuser par deux fois avant d'accepter à la troisième : autant dire que c'est un véritable supplice pour un gamin dont les yeux brillent d'impatience, d'avoir à dire non !

 

Nous allons payer à la sortie (c'est la règle générale en Iran, les serveurs n'apportent pas l'addition à la table) : nous en avons pour l'équivalent de 10 euros à 3 en ayant très bien mangé dans un cadre très agréable. Comme nous demandons au serveur comment faire pour avoir un taxi, les deux amies près de qui nous avons dîné, nous proposent de nous ramener à l'hôtel avec leur voiture et s'excusent par avance de la modestie de leur carrosse fort âgé ! C'est vrai qu'il s'agit d'une voiture de collection : c'est une coccinelle Volkswagen. Nous montons à trois à l'arrière, plus la petite fille et nous sommes deux à l'avant, mais nous arriverons sans encombre. Au passage nous apprenons que la jeune femme iranienne qui pilote la voiture gagne quelque chose comme 170.000 tomans ou 1.700.000 rials par mois en tant qu'institutrice d'école maternelle. Soit 150 euros mensuel environ. Bref, échange de numéro de téléphone, possibilité de nous revoir le lendemain, peut être avec de la chance ! Mais nous n'aurons pas cette chance !

 

 

Mercredi 03/05/2006. Kermân - Joopar- Rayen- Mahan- Kermân (où le narrateur constate l'importance du foot dans les relations internationales).

 

Hier au soir, nous avons décidé de faire en taxi privé le trajet Kermân, Joopar, Rayen, Mahan, d'où nous devons repartir par nos propres moyens vers Kermân, car nous espérons (l'espoir sera déçu…) retrouver nos hôtesses d'hier au soir, qui possèdent là-bas un bout de jardin, mais qui ne sont pas sûres d'y être…Nous devons leur passer un coup de téléphone sur notre trajet pour finaliser tout ça.

En principe, nous devons partir à 4, avec un Belge, le tout pour 30 dollars.

Le matin arrive, le Belge a disparu, le prix est passé de 30 à 25 dollars pour nous trois. Ceci étant, j'entends dans le hall une conversation assez vive de ton : c'est le Belge qui proteste car l'hôtelier lui propose le trajet pour lui tout seul à 25 dollars…Il râle comme un voleur, traite l'hôtelier de "crazy man", explique qu'il n'a jamais mis une somme pareille pour une excursion.

Sur ces entrefaites, Jean et Marie arrivent, je les mets au courant de la situation et nous décidons d'intégrer Dany (le Belge, pas le Rouge !) dans notre groupe, mais bien entendu, pour 25 dollars à nous 4…C'est un jeune qui travaille dans l'administration communale de la ville d'Anvers.

Cela fait 9 jours qu'il se balade en Iran, c'est un fin connaisseur de la musique "classique" iranienne, sujet sur lequel il est imbattable !

Nous partons donc à 4, dans une Peugeot 405 nickel chrome, le chauffeur parlant un bon anglais, vers notre première mosquée de la journée, à Joopar.

 

Puis nous arrivons à Rayen, petite ville qui se voit promue en lieu et place de Bam, ravagée par un récent séisme.

La citadelle de la vieille ville est belle, toute en pisé, mais elle est fortement rénovée et plutôt déserte.

Nous visitons ensuite un magnifique jardin (Bagh-e-Shahzade) aux environs de Mahan au milieu d'une foule de fillettes vêtues de noir, façon corbeau. Elles sont très curieuses de nous voir, mais les échanges verbaux sont très limités.

Reprise de la route pour aller acheter du yaourt (excellent) et déjeuner à l'extérieur de Mahan.

Nous profitons de notre halte au restaurant pour appeler notre hôtesse d'hier au soir : malheureusement il n'y a personne, sauf la mère très âgée et qui ne comprend pas très bien ce qu'on lui veut ! Nous décidons donc de repartir avec le taxi et Dany vers notre point de départ : Kermân, après la visite du mausolée de Mahan. L'occasion nous est donnée de grimper au haut d'un minaret…et d'admirer 4 magnifiques tours du vent.

De retour à Kermân, nous partons à pied chercher des tickets de bus, aidés par un petit mot que nous avons demandé à notre hôtelier de nous écrire en farsi (ça peut aider !), mais aussi de notre chauffeur de taxi qui se propose de nous emmener le lendemain à la gare routière.

Nous attendons quelque peu dans le hall de l'hôtel car le vent s'est levé (vent de sable, fort désagréable) et petite pluie.

Une fois l'alerte passée, nous nous rendons au bureau de réservation, mais là, pas de chance, le mauvais temps a fait sauter les ordinateurs, il faut donc que la préposée téléphone.

 

 

Le trajet vers Yazd nous coûte 30.000 rials à nous trois, une misère, pour 360 kilomètres.

Nous allons ensuite dîner dans un restaurant, repéré grâce au "petit futé".

Notre entrée ne passe pas inaperçue ! Je suis hélé par deux groupes de jeunes étudiants à qui je vais donner quelques figues sèches qu'ils auront bon goût de refuser selon l'usage avant de les accepter. En contre partie, je vais refuser puis accepter une tasse de thé…Il est question des sujets graves du moment : Zidane, l'OM, le PSG et l'OL…Ils en connaissent plus que moi ! Ils veulent absolument que je sois sur leur pellicule…

Pour la première fois, je mange un riz délicieux dans lequel je trouve une baie rouge : c'est Marie qui devinera qu'il ne s'agit ni de morceaux de carottes, ni de morceaux de betteraves rouges…Il s'agit d'épine vinette (un nom pour devinettes !).

 

 

Jeudi 04/05/2006. Départ pour Yazd.

 

Lever à 5 heures 45, petit déjeuner et départ en taxi pour le dépôt de bus. Notre taxi ne veut pas nous dire combien nous lui devons pour le trajet et se contente de nous dire "up to you !"…

En fait, il n'y a pas une gare routière mais plusieurs, chaque compagnie ayant son propre bâtiment. Nous sommes partants sur la coopérative 4.

Le départ se fait à l'heure, notre car est un Volvo (ce que l'on trouve de mieux en Iran, les cars Mercedes étant considérés comme de qualité inférieure), avec TV (!).

Marie est assise à côté d'une ravissante jeune Iranienne (tenue noire de rigueur, mais cintrée cintrée, foulard noir quelle finira par ôter) à qui je ferai écouter pendant le trajet les "Beatles"…Je sais, c'est pas neuf, mais après tout, ce n'est pas mauvais de revenir aux classiques, d'autant qu'elle ne connaissait pas !

A chaque arrêt (il y en aura peu) c'est le jeu de chaises musicales : en effet, un homme ne saurait être assis à côté d'une femme s'il n'y a pas de lien de parenté.

Autrement dit, des couples sont amenés à se séparer pour permettre à une femme seule de s'asseoir à côté d'une autre femme…C'est plus simple, avec un peu d'habitude, qu'il n'y parait !

Je distribue les quelques figues qui me restent en particulier à un garçonnet qui va énergiquement refuser (les yeux pétillants, remplis de convoitise !) puis, "in fine" accepter !

Avant d'arriver à Yazd, contrôle de police : les passagers descendent tous et nos passeports sont contrôlés. Je comprends mieux pourquoi le steward a réveillé les passagers et redressé les siéges !Arrivée à Yazd : le bus nous laisse dans le terminal, il nous reste à prendre un taxi pour l'hôtel que nous avait recommandé Dany le Belge. C'est un hôtel tout neuf, pas encore bien connu, et qui est un caravansérail rénové.

Les chambres sont sympathiques, avec air climatisé pour 200.000 rials, petit déjeuner inclus, négocié par Marie.

Nous filons dans le bazar à la recherche d'un restaurant et le hasard fait que nous tombons sur un ancien hammam reconverti en restaurant (les hammams disparaissent les uns après les autres, pour des raisons d'hygiène dit-on, et sont remplacés par des restaurants). Les salles sont magnifiques, mais malheureusement, il y a un groupe de Français et un groupe de Japonais, donc plus grand choix dans le menu !

Après ces agapes, nous visitons quelques mosquées et surtout, nous cherchons à joindre un guide "épatant", Hadi Safaeian qui tient boutique au restaurant Baharestan. C'est par lui que nous souhaitons visiter les environs de Yazd.

 

Malheur ! Le restaurant est fermé, et nous voici bien embêtés ! Ça doit se voir car des passants s'arrêtent et nous demandent s'ils peuvent nous aider. Que oui ! Car nous avons le numéro de téléphone de notre guide et notre sauveur, muni d'un portable, va appeler le guide pour lui dire que trois clients l'attendent sur la place…Le voici, Hadi !

Marie voudra serrer la main de notre futur guide comme nous l'avons fait, mais celui-ci se dérobera.

Nous trouvons à nous asseoir dans un café glacier (pas facile d'en dénicher un un jeudi après midi-le week-end commence-) et nous discutons du trajet que nous souhaitons faire à partir de Yazd samedi et dimanche prochain. Nous en aurons pour 230 euros à nous trois( circuit d'un  jour et une nuit dans un caravansérail). Nous partons à la recherche d'un bureau de change (les banques sont fermées du jeudi après midi jusqu'au samedi matin) que nous allons trouver en face du site zoroastrien (le temple du feu, sans grand intérêt).

Nous rentrons à notre hôtel et comme le trajet se fait à pied, j'en profite pour entrer dans la boutique d'un cordonnier à qui je vais montrer le triste état de mes nus pieds : j'ai les semelles qui baillent affreusement ! Il y mettra bon ordre, et refusera énergiquement tout paiement aidé dans son refus par un client (pour la petite histoire, j'ai proposé un paiement par trois fois…).

Notre dîner a pour cadre un hôtel restaurant dans le bazar, l'endroit est merveilleux, le ciel comme toit, une pièce d'eau rectangulaire avec son jet d'eau…Quelques tables à l'occidentale mais surtout des "divans" sur lesquels il fait bon s'allonger et s'adonner aux plaisirs de la nourriture !

Retour à l'hôtel sur le coup de 22 heures, une bonne douche et demain vendredi, c'est dimanche !

 

Vendredi 05/05/2006. Yazd.

 

Circuit pédestre dans Yazd, largement inspiré par le Lonely Planet. Puis nous prenons un taxi pour aller voir le site zoroastrien à la périphérie de la ville  : ce site est beaucoup plus impressionnant que le temple de feu que nous avions visité la veille.

D'un point de vue strictement taxi, nous commettons une erreur de débutant : nous nous mettons d'accord sur le prix du trajet aller (20.000 rials) puis, une fois arrivés, nous demandons au chauffeur de nous attendre pour un retour en ville.

 Bien entendu, il va profiter de la situation (pas de concurrence possible, le site est loin de tout !) et nous prendre un max, c'est-à-dire 50.000 rials !

Pour nous consoler de nos déboires, nous allons prendre un thé dans le parc de l'ancienne résidence d'un gouverneur local, Bagh-e Doulat Abad, dotée de la plus haute tour du vent de Yazd. Pièce d'eau, ifs, légère brise, l'Italie quoi !

    Fait exceptionnel, nous allons perdre notre chemin lors du retour vers l'hôtel ! Fait exceptionnel car Jean a des dons évidents en matière d'orientation : il est capable d'indiquer le chemin à prendre à n'importe quel chauffeur de taxi ! C'est d'ailleurs ce qu'il va faire, car celui que nous empruntons part très exactement dans la direction opposée à celle que nous souhaitons !

Pour la peine, il n'aura que 1.000 rials pour sa course, mais il se garde bien d'en demander plus...

 

Samedi 06/05/2006. Départ pour Kharanaq, Chak Chak, Meybod, Ardakan, nuit au caravansérail de Zein-o-din.

 

Un superbe parcours dans le désert, avec des routes ou des pistes de bonne qualité et personne…Des visites plus qu'intéressantes et pour terminer, le clou : une nuit dans un caravansérail (rénové, confort moderne !) où nous allons trouver un groupe de touristes hollandais, parlant fort bien l'anglais et pour certains d'entre eux le français.

Les "chambres" sont en réalité des alvéoles voûtées avec vue sur le ciel, bien fraîches car les murs sont très épais, l'intimité n'est pas garantie car elles ne se ferment que par une tenture.

N'empêche que le lieu est magique, même si les toilettes et les douches sont communes, même si on dîne assis à des tables (mais nous nous isolerons dans une pièce attenante ou nous pourrons dîner assis par terre, sur un tapis moelleux !).

Nos compagnons touristes s'étonnent de notre audace : comment pouvons-nous sans connaissance de la langue parcourir, seuls, le pays !

Le repas est bon, nous assistons à la fabrication du pain.

Dans ce caravansérail où ne séjournent que des étrangers, le port du foulard n'est pas obligatoire !

La guide du groupe va nous donner sa carte de visite au cas où nous aurions un problème…En attendant, nous lui demandons de nous écrire en farsi notre destination du lendemain, et en particulier le nom de l'hôtel !

 

 

Dimanche 07/05/2006. Yazd-Shiraz par bus.

 

Lever à 6 heures 45 pour un départ à 8 heures. Nous quittons à regret notre caravansérail, notre chauffeur va nous conduire jusqu'au départ du bus.

Bus moyen : mon coussin de siège n'est plus fixé et je me ballotte dans tous les sens.

Arrêt toilettes (conversation avec un jeune Iranien) :

Toilet is bad, it is Iran…

(C'est vrai que les toilettes ne sont pas terribles !)

Iran is good and bad…

(Ça, on peut le dire de tous les pays !)

Demande ma religion, et s'étonne que je ne sois pas protestant.

 

Arrivée à Shiraz : taxi prepaid à 10.000 rials.

Notre hôtel, bien situé, est assez confortable. Il s'agit du Parsian Hôtel, pour les trois nuits que nous avions été obligés de prendre au départ de Paris…

Nous sortons en ville à la recherche d'Iran Air : beaucoup de mal à les trouver car l'adresse n'est plus exactement la même, enfin, nous y arrivons quand même, mais peine perdue, les bureaux ne sont ouverts que de 7 heures du matin à 14 heures. Puis nous cherchons une agence de voyages recommandée par LP (ceci étant dit, le plan de la ville est approximatif pour certaines données). Nous allons y réserver un tour pour Persépolis.

Petite balade dans la ville, histoire de se repérer. Belle citadelle à la tour penchée.

Dîner dans un cadre magnifique (encore un ancien hammam) mais avec un service désinvolte. Nous rentrons alors que la nuit est tombée, beaucoup de monde sur les pelouses en train de papoter, de dîner, de jouer aux cartes…

 

 

Lundi 08/05/2006. Shiraz (où nos trois héros prennent pour la première fois les transports publics).

 

Notre premier souci ce matin-là, c'est de nous rendre chez Iran Air. Un premier taxi nous demande 10.000 rials, trop cher…Un deuxième taxi nous demande 10.000 rials, trop cher…Un troisième taxi nous demande 10.000 rials, trop cher, mais ça doit être le prix !

Nous avisons un taxi collectif : ce sera 5.000 rials pour nous conduire à destination, bon, on sera un peu serré (4 passagers)…

Arrivés chez Iran Air, nous apprenons que le fait d'avoir pris notre billet de Paris à Téhéran par Air France sur le contingent d'Iran Air, ne nous donne pas droit à un deuxième billet gratuit : il fallait le prévoir avant notre départ…Tant pis ! De toutes les façons, le prix du vol Shiraz Ispahan est peu élevé (18 dollars par personne).

Nous sortons d'Iran Air et nous allons prendre (c'est une grande première !) un bus urbain pour nous rendre au bazar : pour une première fois, nous avons choisi un parcours facile, puisqu'il s'agit d'aller tout droit ! Deux jeunes hommes vont se lever pour nous laisser leurs places : nous dirons non, puis oui…

Les femmes sont installées au fond du bus, les hommes devant, ce qui évidemment n'est pas très pratique quand il s'agit de se faire signe pour descendre ! L'assistant du chauffeur nous fait descendre à l'arrêt du Bazar, nous payons nos places.

Une fois le bazar parcouru, nous tentons la visite du mausolée de Shah-E Cheragh, mais il n'est pas accessible aux non musulmans et nous sommes donc refoulés, assez énergiquement.

 

Vu notre exploit du matin (prendre un autobus urbain), nous décidons de nous rendre en bus jusqu'au tombeau d'Hafez (le grand poète). Ce n'est pas facile car il va nous falloir changer de bus, en somme nous avons à emprunter deux lignes mais les gens, dans le bus, sont super sympas !

Le paiement du trajet se fait à la sortie et apparemment, le prix est le même quelle que soit la distance parcourue.

Visite du tombeau d'Hafez et déjeuner dans la maison de thé attenante, mollement étendus sur des tapis et des coussins…Nous déjeunons de dizi (divins !) de yaourts et de faludeh.

 

Nos voisins cherchent le contact : lui est ingénieur, son père était poète.

Nous rencontrerons par la suite d'autres Iraniens qui nous diront être poètes…

Il nous décrit les 7 lignes mélodiques des chants Iraniens, chacune différente, et qui expriment chacune un sentiment différent et s'emploient à des moments distincts de la journée…

Un groupe de jeunes étudiants arrive et veut absolument nous prendre en photo et figurer avec nous sur leur photo !

Nous sortons du monument dédié à Hafez pour nous rendre à celui de l'autre grand poète Saadi. Pour ce faire nous prenons un taxi; le chauffeur parle un très bon anglais, rien d'étonnant, il a fait des études de littérature anglaise et faute de travail dans sa spécialité, il fait chauffeur. Il s'étonne du peu de nombre d'étrangers !

Arrivés sur la tombe de Saadi, nous retrouvons le groupe de jeunes qui nous avait rejoint au tombeau d'Hafez. Je vais leur demander de m'écrire en farsi notre prochaine destination : l'Orangerie.

 

Nous allons nous mettre d'accord pour 10.000 rials, mais le taxi nous prend sous son aile et nous fait visiter d'abord le musée Pars, sorte de musée Grévin qui raconte l'histoire de la Perse, puis nous emmène (c'est la rue d'en face) à l'Orangerie. Là, nous voulons vraiment qu'il s'en aille et nous lui donnons 20.000 rials, mais il en veut 10.000 de plus ! Nous ne sommes pas d'accord et c'est grâce, d'une part à l'obstination de Jean, et d'autre part, au secours d'un couple de touristes iraniens habitant Singapour qui interviennent et prennent notre parti, que nous nous limiterons à 20.000 rials ! Non, mais !

 

Nous prenons un taxi pour rentrer, il a déjà un passager : nous en déduisons qu'il s'agit d'un taxi collectif. Au moment du paiement, je lui donne 5.000 rials, il rit et me les rend…Je lui donne 10.000, il les prend et me rend 2.000 de monnaie…Les taxis, ce n'est pas simple, car ils ne veulent pas donner leur prix ou les bougonnent de façon à être incompréhensibles lorsque nous montons dedans !

 

 

Nous ressortons pour dîner et après coup, nous visitons un centre commercial plutôt désert : dans les vitrines les mannequins femmes ont le foulard ou alors pas de tête du tout !

 

Mardi 09/05/2006. Shiraz, Naqsh-e Rostam, Pasargades, Naqsh-e Rajab, Persépolis, Shiraz.

 

La journée commence mal : alors que nous nous apprêtions à monter dans notre taxi, la réceptionniste de l'hôtel se précipite vers nous pour nous dire que si nous dormons ici, il faudra payer la nuit…Or, c'est déjà fait depuis Paris !

Bref, nous prenons néanmoins la route non sans avoir parlé de ce problème avec notre guide chauffeur. Un miracle : l'agence a pu nous fournir un guide parlant français (moyennant un supplément !). Il a vécu 12 ans en France (au Perreux), il est opticien d'origine. Mais, rentré au pays, il enseigne le français et sert de guide, en cheville avec l'ambassade de France qui lui confie ses visiteurs. Il estime que globalement on vit mieux qu'avant la Révolution, evalue le salaire mensuel moyen à 400-500 euros, mais, ajoute-t-il, les gens ont en général deux métiers.

Jean en profite pour poser la question qu'il porte en lui depuis notre arrivée : quelles différences y a-t-il entre le clergé à turban noir et celui à turban blanc ?

Tout simple nous répond notre guide : les turbans noirs sont les descendants de Mahomet (ils ont alors le titre de"Seyed") et porter un turban blanc signifie un certain degré d'étude coranique.

Nos visites, je ne peux en dire plus, tout est dans les guides, se déroulent à la perfection.

De retour à l'hôtel, notre guide prend en main le problème de notre chambre : il revient vers nous pour nous dire que tout est réglé ! Pendant ce temps, nous avons noirci une page de cahier pour écrire tout le bien que nous pensons de lui ! Cela lui sert de référence pour les différentes agences de voyage avec qui il travaille. Il nous donne l'adresse d'un restaurant typique "Iran" où nous allons dîner : nous en aurons pour 2 euros par tête !

 Je me lance à l'achat d'une glace : il faut d'abord payer, donc choisir le modèle que l'on souhaite, donner un billet (mais je ne sais pas lire le farsi, donc je donne un "gros" billet, je donne 10.000 pour un coût de 2.500 rials), et contre remise du ticket, trouver le vendeur derrière son comptoir qui va délivrer l'objet du désir ! Ça n'est pas simple !

 

Des passants nous frôlent et nous disent en anglais tout le mal qu'ils pensent de leur gouvernement (situation économique et liberté), l'un deux nous dira de ne jamais "traiter" avec ce gouvernement ! Bref, des gens visiblement pas très contents !

Le soir sur les trottoirs, c'est le marché aux puces.

 

Mercredi 10/05/2006. Dernière journée à Shiraz et envol vers Ispahan.

 

Comme notre lever a été un peu tardif, nous sommes privés du déjeuner de l'hôtel, ce qui va nous donner l'occasion de petit déjeuner à l'extérieur !

Une petite vieille va s'approcher de Marie et lui dire et aussi lui demander : "Iran is good ".

Notre déjeuner va nous coûter fort cher : 20 euros à nous trois, mais c'était bon ! Alors que nous finissions notre repas, une femme se lève de table et nous demande si tout va bien et nous propose son aide…

Nous allons passer notre après midi au parc botanique (entrée à 40.000 rials, pour les étrangers), et faire connaissance avec une foule d'étudiants et d'étudiantes (tarif d'entrée préférentiel), plutôt délurée selon les normes du pays !

 

 

 

 

Marie va donner à peu près 5 conférences de presse ! Certains jeunes écoutent CNN et la BBC…Apparemment, et d'après ce que nous comprenons, la première langue étrangère obligatoire est l'arabe (la langue du Coran).

Vers 17 heures, nous sortons et rentrons à notre hôtel de façon à migrer vers l'aéroport.

Comme nous avons beaucoup de temps devant nous, j'en profite pour aller chez le coiffeur de l'aéroport : là, non seulement, je vais avoir droit à une coupe mais aussi à un massage crânien, le tout pour la somme fantastique de 100.000 rials ! Je me suis fait rouler dans la farine, mais enfin, me voilà parfumé !

Nous faisons la connaissance et discutons un peu avec un Iranien pas tout jeune, ingénieur pétrolier, ayant fait ses études au Texas. Il nous donne son numéro de téléphone à Téhéran, au cas où…

Nous arrivons donc le soir à Ispahan, dans un hôtel coup de coeur du guide LP…Mais c'est un vieux coup de cœur car je soupçonne l'auteur du guide de n'être jamais repassé en 20 ans dans cet hôtel, cher et pas terrible !

 

Jeudi 11/05/2006. Ispahan.

 

Un repas au restaurant :

A peine assis, le menu,

A peine commandés, les plats,

A peine mangé, la table est débarrassée,

Il n'y a plus qu'à partir !

On paye en sortant !

 

Tous les hôtels d'Ispahan sont chers ! Car j'ai voulu en changer, pour un prix sensiblement supérieur, mais il ne pouvait me proposer qu'une nuit :  il était complet les nuits suivantes.

Bon, on fera avec !

Je demande toutefois à changer de chambre : celle que j'occupe est affreusement bruyante et non climatisée. C'est paraît-il possible.

Nous voici donc partis à la découverte d'Ispahan : une ville splendide. Nous visitons mosquées, musées, bazar…Nous déjeunons d'un dizi.

Les commerçants sont particulièrement honnêtes et vous rattrapent dans la rue pour vous rendre la monnaie…

 

Nous terminons notre périple de l'après-midi par la visite de la mosquée du Vendredi (mosquée Jameh). Et là, un incident : Jean se fait quasiment agresser par un ouvrier chargé de dérouler les tapis en vue de la prière de demain. Un Iranien, témoin de la scène viendra s'excuser !

 

Vendredi 12/05/2006. Ispahan (où nos héros sont invités au pique nique familial).

 

Départ vers les neuves heures du matin pour visiter la ville immense et belle ! Arrivés devant une école coranique : interdite aux non musulmans.

Un peu dépités, nous prenons le bus public pour nous rendre aux minarets tremblants (Manar Jomban).

Alors que nous allions repartir, un homme pas tout jeune se précipite vers nous et nous explique qu'à 11 heures le minaret va trembler ! Il est moins le quart et nous décidons, bien sûr, d'attendre !

Effectivement, sous le coup des 11 heures, un homme monte dans l'un des minarets (le gauche), le fait bouger de l'intérieur (ça se voit) et l'onde de déplacement fait tinter une clochette fixée sur le second minaret, un vrai diapason !

La petite foule bon enfant et qui était là pour ça, applaudit à l'exploit !

Nous reprenons le bus pour nous rendre au temple du feu zoroastrien, au haut d'une colline : le site n'est pas indispensable mais la vue est belle. Là, je rencontre un jeune couple parlant anglais et qui a quelques messages à faire passer ! En particulier que les Iraniens n'ont rien à voir avec leur gouvernement !

Nous revenons dans le centre d'Ispahan toujours par bus. Le chauffeur va refuser que je le paie…Nous déjeunons dans notre restaurant de la veille, il n'y a pas grand monde dans le bazar qui dort d'un œil : il est vrai que nous sommes vendredi et que sur la place principale, à proximité de la mosquée, il y a une nuée de motos, de voitures et un haut-parleur qui délivre le message du vendredi.

 

Nous traversons un parc, proche de la place principale : tout Ispahan est là, assis dans l'herbe, par famille, toutes générations confondues, en train de déjeuner allongés sur des tapis et nous ne pouvons pas faire un pas sans être invités par les uns et par les autres ! C'est ainsi que je vais déjeuner une deuxième fois d'une délicieuse omelette froide, d'un morceau de pastèque ! Mes hôtes sont super sympa, la conversation ne peut pas aller très loin, mais cependant avec un peu d'anglais on y arrive …L'appareil photo fait des merveilles !

Marie arrive sur ces entrefaites : nous sommes invités à une autre table pour prendre le thé ! Autant le dire : nous aurions pu passer notre après midi à manger et à boire !

 

Nous allons visiter quelques ponts, nous passons de l'autre côté pour visiter le quartier arménien : malheureusement, les églises sont fermées (nous sommes vendredi !).

Nous allons prendre un thé dans une maison du même nom, installée sur un pilier du pont Si-o-Seh. Que des hommes, bien sûr !

 

 

Samedi 13/05/2006. Ispahan.

 

Visite du musée des Beaux Arts : les salles sont désertes et on les ouvre rien que pour nous. Nous voulons ensuite acheter des tickets de bus pour demain : mais le LP n'est pas à jour, l'hôtel qui assurait ce service ne le fait plus ! Comme il y a un départ toutes les heures vers Kashan, ça ne devrait pas poser trop de problème ! Nous naviguons d'un pont à l'autre, d'une maison de thé à une autre, toujours sous le charme de cette ville. Nous visitons le quartier et les églises arméniennes et terminons par un thé, pas cher du tout, dans les jardins de l'hôtel de luxe de la ville (tout proche du nôtre !) : verdure, pièce d'eau, arbres, fauteuils profonds et chambres à 140 dollars !

Et nous sommes bien surveillés, car c'est dans cet hôtel que se déroule la "première conférence des chefs de police des pays islamiques" : ça doit durer trois jours, c'est un bandeau qui nous le dit en anglais. Ah, oui, j'oubliais il y a aussi le slogan : "la coopération entre les polices des pays islamiques est une nécessité du XXI° siècle" (c'est dans le texte !).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche 14/05/2006. En route vers Kashan.

 

Finalement, nous décidons de prendre un taxi jusqu'à Kashan : cela présente le grand avantage de pouvoir s'arrêter en route à Natanz et à Abyaneh (très beau village où nous allons acheter des pommes séchées et des pommes gélifiées).

Nous décidons de notre journée de demain : nous partirons sur Téhéran pour y dormir et prendre le lendemain le train pour Sari (recommandation d'un Britannique rencontré à Ispahan).

Nous visitons Kashan et ses mosquées, puis Kashan et Bagh-e Tarikhi-ye Fin où nous allons retrouver un couple de Suisses entraperçu à Kermân, puis Kashan et une de ses maisons traditionnelles, puis Kashan et son bazar où nous allons déguster un bon jus de carotte (le serveur, un homme pas tout jeune à bille de clown, va nous faire comprendre en remuant les narines et en plaçant ses mains le long de ses oreilles qu'il est lapin et que par conséquent, il mange des carottes d'où le jus…).

 

J'oubliais Kashan et sa bibliothèque que seule Marie pourra visiter car nous sommes l'après midi et que l'après midi est réservée aux femmes…                                                                                   

 

Lundi 15/05/2006. En route pour Téhéran.

 

 

La matinée va être consacrée à la visite des maisons traditionnelles de la ville de Kashan et à une opération de change pour laquelle il faudra trois signatures (mais ça va quand même assez vite à la banque Melli).

Nous allons déjeuner au restaurant de notre hôtel puis attendons un départ par taxi pour le bus qui doit nous conduire à Téhéran. Comme nous avons un peu de temps devant nous, nous achetons quelques oranges, des bananes et surtout un cidre brésilien garanti sans alcool (ouf !).

Nous avons du mal à nous faire comprendre du taxi qui d’un côté cherche le mieux pour nous, c'est-à-dire un bus en partance le plus tôt possible pour la capitale, et de l’autre refuse de considérer que nous avons réservé nos places dans un bus en partance un peu plus tard.

 

 

Bon, le problème sera résolu par notre montée dans le bus choisi par notre chauffeur de taxi, bus qui part à 14 heures 30, alors que le nôtre ne partait qu’à 15 heures.

Le long de la route nous pouvons admirer les paysages, certes, mais aussi les maquettes de voitures de police dressées sur les bas-côtés de la route ce qui n’impressionne plus personne…

Arrivés à Téhéran, nous sommes pris en charge par un taxi au tarif exorbitant (à notre avis, le téléphone portable du chauffeur de bus y est pour quelque chose !), soit 50.000 rials. Ce chauffeur nous mène à l’hôtel (un des meilleurs choix dans sa catégorie pour LP) et là, nous apprenons qu’il n’y a pas deux chambres pour nous malgré notre réservation téléphonique de la veille mais une seule à trois et d’ailleurs, qu’il n’y a pas trace de réservation par téléphone (ce qui évidemment est faux).

Le ton se fait râleur de notre côté, et miracle, nous allons quand même occuper deux chambres, dont l’une, la mienne, va se révéler affreusement bruyante. Mais, bon, il ne s’agit que d’une nuit.

Nous partons nous balader dans la ville, juste pour voir, pas pour visiter, nous avons prévus de revenir à Téhéran en fin de voyage.

La circulation des autos, taxis, bus , motos est totalement anarchique et c’est vrai qu’il y a une part de danger à traverser, que les feux soient verts ou rouges…On s’y fait cependant assez vite et la meilleure façon de procéder et de s’élancer en même temps qu’un autochtone.

Nous demandons à notre hôtelier où se situe la gare par rapport à son hôtel (nous voulons faire le trajet par le train), lui veut absolument nous le faire faire par le bus ( !), bref, nous serions à une demie heure en taxi de la gare centrale.

 

Mardi 16/05/2006. Téhéran Sari par le train (où le narrateur se fait fouiller !).

 

La matinée commence par des quasi excuses de la part de l’hôtelier : nous comprenons que l’hôtel était hier très « busy »…

Le taxi qui doit nous conduire à la gare veut nous prendre 40.000 rials, nous négocions à 30.000. De plus, c’est un véhicule bon pour la réforme : une porte arrière sans clenche, le coffre à bagage ne peut pas fermer sur nos deux bagages, pas de clignotant…

La gare centrale est un très beau bâtiment, très années 30 !

Nous devons monter à l’étage pour acheter nos billets (le personnel du guichet information se débrouille bien en anglais), il faut montrer son passeport pour l’achat des billets. Dans le train que nous prenons, il n’y a que deux classes, et pas de première.

Dans le vaste hall de la gare, très propre, des cabines téléphoniques ouvertes dont une pour handicapés, le téléphone étant très abaissé : utile pour ceux qui circulent en chaise roulante (suite de la guerre Iran/Irak).

Le train est prévu pour 9 heures 30, et comme nous avons du temps, nous allons prendre notre petit déjeuner au restaurant de la gare : il nous reviendra plus cher que nos billets !

Ensuite, nous nous présentons au contrôle des billets mais la préposée refuse de nous laisser passer : nous devons d’abord aller au poste de police qui se situe juste à droite ! Là, nous présentons nos passeports, la validité de notre visa est vérifiée, l’agent de police nous met un coup de tampon sur nos billets et alors, la préposée nous laisse passer !

A peine le train parti (à l’heure !), et à peine installés dans un compartiment occupé par deux autres voyageurs Iraniens (nous ne verrons aucun Occidental dans ce train), nous sommes déménagés par un agent de la Cie Raja Passager Trains accompagné de ce que je pense être un agent de police en civil. Ils nous expliquent que nous serons bien mieux dans le compartiment d’à côté, plus confortable. Cette blague !

En fait, nous nous retrouvons tous les trois dans un compartiment vide. Bref, l’idée est de nous isoler ! Mais ce n’est pas tout ! Le policer en civil demande à voir nos passeports et veut fouiller nos affaires : il commence par moi ! Je suis obligé d’ouvrir mon petit sac à dos et d’en montrer le contenu ! La moutarde me monte au nez et cela me met dans une extrême mauvaise humeur que je me hâte de lui faire ressentir : il sent qu’il en fait un peu trop et mes amis Jean et Marie éviteront la fouille des bagages !

Bon, tout au long de notre voyage, ce sera le seul incident notable avec la gent policière !

Nous allons très vite arpenter les couloirs, car ce qui est intéressant dans un train (mis à part le paysage, somptueux sur ce trajet) ce sont bien les autres voyageurs que nous pouvons rencontrer ! Et les Iraniens cherchent le contact avec les touristes, même s’ils s’étonnent de nous voir tous seuls, sans guide !

 

 

Ma récolte auprès des voyageurs :

 

1 kilo de riz de très bonne qualité : 1 dollar, 0,50 pour la qualité la plus médiocre,

salaire d’un enseignant 250 dollars par mois, salaire moyen 200 dollars/mois,

scolarité obligatoire de 7 à 16 ans,

pas d’école maternelle, sauf privée (donc payante),

deux systèmes : école publique et école privée,

classe de 50 à 60 élèves,

gratuité de l’enseignement plutôt théorique : les parents doivent payer le chauffage de l’école, son nettoyage, les livres, les cahiers,

aucune mixité, laquelle débute à l’université,

interdiction des antennes de télévision satellitaire sauf hôtels agrées, sous peine d’amende ou de prison,

pas de sécurité sociale : il faut passer par le secteur privé mais le remboursement reste médiocre,

possibilité de trouver de l’alcool dans certains grands magasins,

service militaire obligatoire de 24 mois,

mieux vaut porter la barbe à l’université : c’est le signe qu’on est un bon musulman,

le gouvernement encourage l’apprentissage de l’arabe,

difficile d’obtenir un passeport et surtout un visa qui doit d'abord être demandé auprès des autorités locales.

Tout ça, en anglais, dans un compartiment fermé après avoir vérifié qu’il ne traîne personne dans le couloir !

 

 

 

Partis à 9 heures 30, nous arrivons à Sari à 16 heures 30.

Là, nous prenons un taxi et nous nous faisons arnaquer comme des débutants ! C’est de notre faute, nous n’avons pas négocié un prix avant la course ! Bref, nous payons 30.000 rials malgré nos protestations, alors que selon l’hôtelier (qui s’est bien gardé de se mêler à la discussion), nous aurions dû nous en tirer pour 6.000…

Nous partons nous balader dans une ville qui ne présente pas grand intérêt (nous le savions !). Les habitants ont un type tout à fait différent de ceux que nous avons rencontrés jusqu’alors : il faut dire que nous sommes assez proche de la frontière avec le Turkménistan.

Au total et pour me résumer, ils font assez bandits de grand chemin !

De retour à notre hôtel, nous nous informons des horaires de bus car nous repartons demain matin pour Rasht.

 

Mercredi 17/05/2006. Sari Rasht, 7 heures de bus ! Plus le trajet Rasht Masuleh !

 

Dure journée en perspective !

Nous partons de l'hôtel à 7 heures 30 et, une fois arrivés au terminal des bus, nous avons un peu de mal à trouver la compagnie et donc le bus. Mais tout s'arrange et nous grimpons dans un bus plutôt hors d'âge (50 ans ?) Mercedes qui doit nous emmener à Rasht.

Tous les bus un peu vieux ont une qualité en commun : le circuit vidéo est hors d'usage !

Par contre, les lecteurs de K7 fonctionnent bien (on peut même apporter la sienne pour l'occasion).

Une jeune fille auprès de qui est assise Marie, va lui donner un poème qu'elle écrit en farsi, bien entendu, sur une feuille d'agenda.

L'aventure continue, car nous ne sommes pas lâchés en gare routière de Rasht comme nous l'espérions, mais sur un bord de route en bordure de ville !

Pas grave, il y a là des taxis : l'un d'entre eux va nous conduire au départ des savari.

Sur l'aire de départ des savari, nous en repérons un qui va à Fuman. De là, nous aurons à trouver un autre savari qui, lui, nous emmènera à notre destination finale : Masuleh.

Pour le moment, nous sommes dans le savari qui part à Fuman et par chance nous sommes assis à côté d'une jeune femme qui parle anglais et qui va nous aider pour le reste du parcours (seuls on aurait eu beaucoup de mal, cela vaut bien une mignonnette de parfum Guerlain !).

Car une fois à Fuman, il nous faut trouver un taxi (il y a une station pour cela que nous rejoindrons à pied, chapeautés par notre voisine de savari), et une fois dans le taxi, il nous faut aller au point de départ des savari pour Masuleh…

Pendant notre trajet, c'est-à-dire de la station de taxi à la station de savari, nous dépassons un étrange cortège : des hommes en chemise et pantalon noir disposés en rang par deux, se fouettent avec un fouet à chaînes métalliques. La rue est barrée le temps de laisser passer cette manifestation.

Interrogé sur la signification de ce rite, le chauffeur de taxi profite visiblement de sa méconnaissance de l'anglais pour nous répondre par un vague "c'est religieux" tout en haussant les épaules…

Nous montons dans notre dernier moyen de transport collectif, un peu d'attente et on part.

De 6, nous allons rapidement passer à 3 (c'est-à-dire nous mêmes). La route est une route de montagne, un peu sinueuse et il pleut dans la montée, mais le ciel ira s'éclaircissant.

Marie demande au chauffeur de s'arrêter prés de l'hôtel que nous avions repéré.

 

Une fois en possession de notre chambre (grande et divisée en deux), nous partons visiter le village qui a des allures de Mont Saint Michel, en moins encombré.

Une fois le dîner pris, nous nous occupons du lendemain : nous voulons en effet prendre un taxi pour Rasht et delà, prendre un bus pour Ardabil.

Je rentre ensuite à l'hôtel, Jean et Marie souhaitant téléphoner en France.

Ils me rejoignent un peu plus tard et là Jean constate qu'il n'a plus les clefs de leur valise !

Jean pense les avoir perdues dans la rue près de l'agence de taxi. Il y retourne donc avec une frontale, car il fait nuit, mais fait chou blanc ! De nouveau dans la chambre, fouille des poches, mais toujours pas de clef et impossible d'ouvrir cette foutue valise…Jean retourne une deuxième fois sur les lieux où il pense avoir perdu la clef : encore chou blanc !

Bon, nous finissons, en désespoir de cause, par nous coucher.

 

Jeudi 18/05/2006. En route vers Ardabil.

 

Je profite d'un lever matinal à 6 heures 30, pour me rendre sur les lieux du crime ! Mais pas de trace de clef !

Je me dirige vers le village dans l'idée de faire quelques photos au petit jour quand j'entends les bruits caractéristiques d'une forge ! Nous voilà sauvés : il suffit de véhiculer la valise vers le forgeron pour qu'il fasse sauter le cadenas en deux coups de scie.

Nous rentrons victorieux vers l'hôtel, quand Marie nous fait signe du balcon qu'elle a retrouvé la maudite clef !

Nous décidons de notre petit déjeuner : achat de jus d'orange, d'un yaourt et nous allons manger tout ça dans une maison de thé, assez spéciale, car peuplée de vieillards (y compris le patron !).

Ils sont d'abord étonnés de nous voir là, mais nous accueillent les bras ouverts et nous laissent les photographier.

Je ressors acheter du pain. Bien entendu, je commence par faire la queue dans la file des femmes (mais je finis par m'en rendre compte !), je récupère trois pains ultra chauds –la vente se fait au fur et à mesure de la fabrication du pain- et je n'ai jamais couru aussi vite de ma vie vers une maison de thé !

Nous prenons ensuite notre taxi qui doit nous mener vers Rasht d'où nous prendrons un bus vers Ardabil.

 

Le problème, c'est que notre chauffeur ne connaît pas bien la ville et nous dépose dans une gare de bus qui n'est pas la bonne ! Nous devons alors prendre un taxi qui va nous déposer en bordure de trottoir, en pleine ville, là où doit s'arrêter un bus vers Ardabil. Nous ne sommes pas les seuls à attendre le bus, ce qui est plutôt bon signe. Il arrive : c'est un vieux Mercedes. Nous montons avec un jeune couple, très sympa et qui va nous nourrir pendant le trajet avec des concombres, des gâteaux, des quartiers de pomme. Elle, va donner à Marie une photo qui est la photo de leur mariage (probablement tout récent !). Elle va aussi nous donner son numéro de téléphone, au cas où, et nous écrit en farsi le nom de notre hôtel que nous avons en vue à Ardabil.

Arrivés à destination, nous prenons un taxi pour notre hôtel et en ressortons immédiatement pour visiter la ville : le mausolée (nous nous faisons "accrocher" par un vieux monsieur azéri parlant français et fort bien l'anglais), le musée de la porcelaine, la mosquée Mirza (du mal pour la trouver, et nous avions le nez en l'air et l'œil sur le plan quand un dentiste en voiture avec sa famille va nous guider jusqu'à elle, faire monter Marie à l'avant de la voiture et nous, nous suivrons à pied…, il va, lui aussi, nous laisser sa carte au cas où…).

Nous rentrons dîner à l'hôtel : il est 21 heures, nous sommes les seuls clients dans une salle sinistre.

Magnifiques blattes dans les chambres !

 

Vendredi 19/05/2006. Vers Tabriz.

 

Nous voici à la recherche d'un taxi pour le terminal de bus : l'un veut 20.000 rials, un autre se contente de 10.0000 rials (le "vrai prix" devant être de 6.000 rials).

Au terminal, beaucoup de rabatteurs pour toutes les compagnies : nous en choisissons une au hasard : il est 9 heures 20 et le bus doit partir à 9 heures 30.

Pour tout dire, il va se révéler d'une lenteur exaspérante : 4 heures 30 de trajet pour 220 kilomètres !

Nous finissons tout de même par arriver au port et nous prenons un taxi pre-paid.

L'hôtel que nous avons choisi est un hôtel de catégorie luxe puisqu'à 50 dollars pour ma chambre !Nous nous promenons dans les rues de la ville, dans le bazar quasiment fermé (nous sommes vendredi !), les musées sont fermés, les églises arméniennes aussi. Seuls sont ouverts quelques magasins de vêtements pour homme et quelques particuliers vendent des livres sur la chaussée ! Nous sommes interpellés par un homme à moto qui nous dit être enseignant et qui va nous dire pis que pendre du régime des Mollahs…

Nous allons à une station de taxi afin de réserver une voiture avec chauffeur pour demain car nous souhaitons visiter les environs de Tabriz, en particulier Kandovan, Jolfa et l'église Arménienne de Saint Stéphane. Nous nous mettons d'accord pour un prix de 50 dollars.

 

 

 

L'heure du dîner approchant, nous décidons d'aller au restaurant du parc Elgoli.

Nous arrivons par taxi au parc et là, nous sommes très surpris de l'atmosphère bon enfant qui y règne : il y a un monde fou, à croire que tout Tabriz c'est donné rendez-vous là…Les gens piquent-niquent sur les pelouses, il y a même des tentes qui doivent être des abris pour la nuit, des manéges pour les enfants, une grande roue, des jets d'eaux… Au centre du parc, qui est de dimension modeste, un lac artificiel avec un îlot où se trouve le restaurant (reproduction d'un palais Qadjar) et où nous souhaitons dîner. Pour le trouver, il faut fendre la foule ! Et nous sommes pris en main par 5 jeunes Iraniens qui vont nous accompagner jusqu'à l'îlot. Las ! Le restaurant est fermé, mais qu'à cela ne tienne : il y a une multitude de gargotes, une d'entre elles fera bien l'affaire !

A la table voisine de la nôtre, un jeune médecin qui nous donne son numéro de téléphone au cas où…

Pour le retour à notre hôtel, nous allons trouver un taxi grâce à d'autres Iraniens, car il y a une queue assez désordonnée devant la station de taxi.

 

Samedi 20/05/2006. Aux alentours de Tabriz.

 

Notre chauffeur (Hassan) est là, à 8 heures pétantes ! Son anglais est plus primitif, mais bon, on fera avec !

Nous commençons notre journée par la visite de Kandovan, village troglodyte comme on en voit en Cappadoce.

Et en route pour Jolfa où nous allons déjeuner (la ville ne présente aucun intérêt). Alors que notre chauffeur veut doubler un véhicule en franchissant une ligne jaune, il aperçoit un peu un policier, se rabat, mais ce dernier l'arrête. Il est bon pour un PV, non pas pour franchissement de ligne continue mais pour défaut d'éclairage (un seul feu arrière sur deux fonctionne).

Après une longue discussion, nous parvenons à faire comprendre à notre chauffeur que nous voulons aller à l'église arménienne de Saint Stéphane: visiblement, il ne connaît pas !

Tout au long du trajet, nous longeons le fleuve Araxe qui fait frontière avec l'Azerbaïdjan.

De l'autre côté, donc en Azerbaïdjan, une voie de chemin de fer électrifiée suit l'Araxe, mais il y a aussi de nombreux postes d'observation militaire.

 

Le paysage est magnifique (couleur de la pierre, la rivière…) et l'église Saint Stéphane n'est pas moins belle.

La visite va être un peu compliquée par le fait que Marie s'est attardée auprès d'un groupe de visiteurs et qu'il est 13 heures passées…réouverture à 14 heures !

 

Mais un "local" se rend compte de notre désappointement, frappe à la porte de la "forteresse", explique notre cas et obtient une ouverture exceptionnelle !

Après notre visite, nous retournons vers Jolfa avec en tête l'idée de suivre l'Araxe. Difficile à faire comprendre au chauffeur qui voudrait bien pouvoir rentrer à Tabriz…Nous y arrivons quand même et prenons la route qui longe la rivière avec un arrêt à peine marqué à un poste frontière iranien.

Au bout d'un certain nombre de kilomètres et comme le paysage devient assez répétitif, nous demandons à notre chauffeur, tout content, de retourner sur Tabriz.

Arrivés sans encombre sur le coup de 17 heures 30, nous prenons un autre taxi pour nous rendre au bazar et là, fait inouï, le jeune chauffeur turc va refuser d'être payé car nous sommes ses hôtes ! Essayez donc d'en faire autant à Paris (ou ailleurs !).

 

Dimanche 21/05/2006. En route vers Zanjan.

 

La matinée est consacrée à la visite de mosquées, à l'achat de timbres de collection, à la visite du musée de Tabriz.

Encore un incident avec un taxi qui nous reconduit à notre hôtel (nous commençons à en avoir l'habitude depuis que nous sommes dans le nord de l'Iran !) : il nous balade dans la ville et nous demande 10.000 rials alors que nous avions conclu pour 5.000. Bien entendu, nous refusons de payer davantage que prévu. Après avoir réglé la facture de l'hôtel, nous reprenons un taxi (encore !) pour nous rendre au terminal de bus. Je pense que le chauffeur n'a pas trop l'habitude d'aller à la gare routière car il se trompe, mais qu'à cela ne tienne, il fera une petite marche arrière sur le périphérique !

Notre bus est confortable, heureusement, car le trajet est un peu long : de 13 heures à 17 heures 30. Je suis assis à coté d'un enseignant en mathématiques à l'anglais hésitant : comme il devient un peu collant, je décide de faire semblant de dormir et c'est Jean qui va se "taper" la conversation.

Nous arrivons à Zanjan sous une pluie battante (c'est bien la première fois), non pas à la gare routière mais au bord d'un trottoir, heureusement il y a là pas mal de taxis qui attendent le client.

Grande déception, car arrivés à l'hôtel que nous avions choisi, l'hôtelier nous fait comprendre qu'il est plein…Il nous conseille un confrère : je pars à pied sous la pluie (je suis le seul à avoir emmené un Kway grrr!!!) vers le Park Hôtel.

Je bloque deux chambres et je retourne chercher mes amis : la pluie a cessé.

En fin de soirée, nous dînons dans un ancien caravansérail : le patron va placer sur notre "table" (en fait nous sommes mollement allongés sur des coussins) un petit drapeau français.

 

Lundi 22/05/2006. Visite des environs de Zanjan.

 

Hier au soir nous avons eu un mal fou à nous faire comprendre auprès de l'hôtelier : nous voulons un taxi pour la journée pour visiter les sites aux alentours de Zanjan (Takht-E Soleiman et Soltaniyeh).

 

 

Sur le coup de 23 heures, il m'appelle dans ma chambre pour me demander combien de temps nous voulons rester sur les sites ! Je n'en sais fichtre rien !

Bref, au petit matin, nous descendons à la réception et nous trouvons enfin une réceptionniste parlant pas trop mal l'anglais : elle va nous trouver un taxi, pour 50 dollars, pour la journée.

Nous partons donc avec notre sympathique chauffeur (photographe de son métier) pour notre périple : de 8 heures 30 à 17 heures 30.

Les deux sites que nous visitons sont superbes. La route qui mène à Soleiman est une route de montagne. Elle est longée dans sa plus grande partie par une installation visiblement désaffectée mais apparemment neuve : des wagonnets suspendus au haut de pylônes (et sur des kilomètres) qui devaient servir à une exploitation minière.

La région est visiblement pauvre : pour la première fois, nous voyons des bouses de vache en train de sécher pour servir de combustible (en Iran, il n'y a pas que du pétrole !).

Une fois rentrés, un peu d'Internet : la salle est divisée en deux : une partie "filles" et une partie "garçons". Ce qui est étonnant, c'est que je peux consulter sans problème l'édition numérique du Monde !

Nous nous dirigeons ensuite vers Rakhatshor-Khaneh, lavoir souterrain à visiter. Nous arrivons un peu tard et les employés dans la cour, en train de cirer leurs chaussures, nous font comprendre que c'est fermé.

Mais le responsable du guichet va nous faire entrer (sans ticket !) et nous pourrons ainsi nous trois visiter les lieux.

Dehors, un peu plus loin, une manifestation : une centaine d'hommes hurlent des slogans dans l'indifférence générale.

Nous dînons, pour pas cher (53.000 rials à nous trois) dans la maison de thé du bazar. Il y a là trois jeunes filles de noir vêtu, très rieuses et sympas comme tout qui se laisseront prendre en photo, et un peu plus loin, trois autres, très olé olé, habillées de couleurs vives, maquillées (très), ongles faits, foulards de couleurs qui cachent seulement un peu les cheveux…

De retour à notre hôtel, la réceptionniste va nous donner une photo, sûrement amenée par notre chauffeur, du site de Soleiman.

 

Mardi 23/05/2006. En route vers Qazvin (où nos héros sont en pleine mésaventure).

 

Nous profitons de notre matinée pour visiter mosquées et bazar.

Nous arrivons à la gare routière à 12 heures pour un départ à 12 heures 30.

La gare est neuve, vaste et déserte, presque à l'abandon.

Nous montons dans un bus de luxe…

A dire vrai, je pensais que nous avions fait le tour des aventures possibles et imaginables en Iran : mais j'étais loin du compte !

En effet, alors que nous nous endormions bercés par le bruit léger du moteur, le bus s'arrête sous le coup de14 heures 30 sur l'autoroute, en rase campagne, et nous débarque en nous indiquant que la bretelle d'autoroute ici présente nous mènera à Qazvin !

C'est vrai, nous voyons bien Qazvin, au loin dans l'horizon…Il y a peut être une dizaine de kilomètres mais nous n'avons que nos jambes pour nous y mener, et de surcroît, il fait très chaud !

A ce moment là, la providence !

En effet, un automobiliste passe devant nous à toute allure, nous n'avons pas le temps de lui faire le signe de l'autostoppeur…Mais lui nous a vu !

Il fait donc une marche arrière sur la bretelle d'autoroute (jusque là, rien d'extraordinaire, on a déjà vu ça !), sort de sa voiture (une Peugeot 405) avec un jeune garçon (son fils?) : c'est un militaire en tenue de travail, il ouvre son coffre, y loge de gré ou de force la plupart de nos bagages, le reste voyagera sur nos genoux…et nous voilà partis sans un mot plus haut que l'autre (il ne parle pas l'anglais) vers Qazvin…

Nous avons eu vraiment beaucoup de chance car le trajet pour Qazvin va être long (nous n'aurions pas pu le faire à pied) malgré la vitesse de la 405, conduite à la militaire (moi, qui suis assis à l'arrière entre Jean et Marie, je me heurte au plafond à chaque coup de frein et à chaque virage je verse à droite ou à gauche, selon !). On se croirait passagers du film "taxi"…

Bref, nous arrivons à bon port, c'est-à-dire devant la porte de notre hôtel à 15 heures pile et nous remercions chaleureusement ce militaire qui nous a épargné bien des tracas. Il refuse tout paiement en rials mais (c'est notre ultime botte secrète) Marie va lui donner le dernier flacon de parfum (il le mérite amplement !) que nous avons dans mon sac à dos…

Nous voici donc à Qazvin, pour quelques jours, à l'hôtel Alborz.

Comme nous sommes arrivés tôt, nous prenons un premier contact avec la ville en visitant mosquées et bazar. Nous dînons excellemment chez Yas.

Nous repassons par l'hôtel Iran et nous laissons un mot pour le patron car il doit nous trouver pour demain matin un taxi pour que nous puissions visiter le mythique "château des Assassins"…

 

Mercredi 24/05/2006. Le château des Assassins.

 

Notre chauffeur (nous l'avons trouvé à l'hôtel Iran) est sympa, c'est un culturiste, montagnard, teint en blond, volubile dans un anglais pas toujours compréhensible…

Pendant toute notre balade, Jean deviendra " mister Jean…"

 

Comment construire maisons et immeubles :

Couler une chape de béton, planter des poteaux métalliques verticaux qui délimitent très exactement les espaces puis les relier par des poutrelles métalliques, elles aussi. Configurer ainsi le bâtiment, avec ses portes et fenêtres, puis fourrer avec des briques : c'est bon à être livré…C'est léger, mais ça peut être efficace en cas de séismes.

 

 

Inutile de dire que le château des Assassins, dont il ne reste pas grand-chose, sinon un site à couper le souffle, n'a pas été construit comme indiqué ci-dessus !

En fait, nous allons visiter deux sites : Lamiasar, tout d'abord (marche fatigante, vue superbe) et Alamut, le site le plus célèbre mais très remanié et interdit de photographie.

Petit problème : au lieu de mettre leurs chaussures de randonneurs, mes deux amis se sont mis en nu-pieds !

Alors que nous sommes en chemin vers le sommet du château d'Alamut, nous croisons une équipe de télévision (chaîne locale) et c'est Marie avec son beau chapeau qui s'y colle : elle est interviewée et cette séquence doit passer demain à 17 heures…

Nous finirons notre parcours et donc notre journée par le lac Evan.

Sur la route du retour, nous sommes intrigués par un spectacle de rue : trois hommes miment sur une placette l'histoire et donc le martyre d'Hossein.

 

Jeudi 25/05/2006. Qazvin.

 

La matinée est consacrée à Internet et à l'achat de billets de train pour Téhéran : nos trois billets vont nous coûter 15.000 rials.

Nous passons par une agence de voyage (Golpoyen Travel). La jeune femme qui va s'occuper de nos billets, en dehors du fait d'être charmante, est enseignante d'anglais. Elle téléphone à la gare, bloque 3 places et va prendre un taxi pour récupérer nos billets.

A nous trois, nous partons visiter l'église orthodoxe Kantur puis l'église arménienne Rafie, qui est fermée ! Mais en sonnant à la porte et après avoir décliné l'objet de notre visite, on nous ouvre.

C'est une femme en short (!) sans foulard (!) qui nous introduit dans la place.

De retour en centre ville, je décide d'aller au hammam, j'irai seul, car je n'arrive pas à entraîner Jean avec moi.

On se déshabille à l'entrée, on met ses petites affaires dans un placard fermant à clef, le personnel sur place comprend tout de suite que vous n'avez ni serviette ni savon.

Je pénètre ensuite dans l'unique salle du hammam : pas de mosaïque, c'est purement fonctionnel. Nous sommes 6 ou 7 à nous laver, nous doucher, nous raser (sauf votre serviteur). L'atmosphère est évidemment très chaude et très humide.

Une fois les ablutions terminées, je sors, on me donne une serviette pour m'essuyer, je paye 5.000 rials et me voilà dehors, frais et revigoré !

 

Ma balade de retour vers le centre ville passe par le bazar (inévitable!) et j'y achète des raisins secs (délicieux). La rue grouille de monde.

Je pars visiter le musée local (tout neuf). Il y a là de belles poteries anciennes, dont certaines rappellent les œuvres de Picasso par les couleurs et les formes.

Je retrouve tout à fait par hasard Jean et Marie qui, de leur côté, ont visité la mosquée du bazar.

Notre groupe se sépare à nouveau : je me dirige vers le parc du centre ville où je repère un marchand de thé dans le jardin public. L'installation est rudimentaire : une bonbonne de gaz butane, un samovar, des sachets de thé, des gobelets en plastique, des rebords de parterre pour s'asseoir et le tour est joué !

Je me fais donc servir un thé et je distribue à tous mes voisins mes raisins secs (toujours délicieux !). Au moment de payer, mon marchand de thé refuse tout paiement ! Comme je connais la combine, j'essaye de le payer par trois fois ! Toujours un refus obstiné ! En fait, c'est un des buveurs de thé à qui j'avais offert des raisins secs (délicieux !) qui a payé pour moi !

 

Vendredi 26/05/2006. Qazvin Téhéran par train.

 

 

 

A peine sommes-nous arrivés à la gare qu'un policier (?) appelé très certainement par un des employés des chemins de fer, demande à voir nos passeports. C'est très curieux de voir que lorsque l'on prend le bus par des compagnies qui sont toutes privées, il n'y a aucun contrôle de ce type…

A 10 heures 10, un train entre en gare et nous nous précipitons à la recherche de notre wagon : peine perdue, ce n'est pas le bon train (le nôtre est à 10 heures 20).

C'est à 10 heures 50 que le nôtre va faire son entrée en gare.

Train relativement confortable (pas de compartiment, une allée centrale avec des sièges de part et d'autre, les femmes sont séparées des hommes, comme dans les bus, je me demande comment est conçu le système de réservation !) si ce n'était la projection de films US…

Le voyage se passe bien et nous sommes nourris par tous nos voisins (concombre, cerises, chips, graines grillées…).

Arrivés à Téhéran, nous prenons un taxi prepaid (30.000 rials) et nous retournons à l'hôtel où nous avions été médiocrement logés (c'est qu'il est bien situé, le bougre !)…Mais là, miracle : nous avons droit à deux chambres sur jardin, donc la certitude de dormir à peu près tranquilles…

Nous allons prendre le métro (les indications principales sont en farsi et en anglais, le métro a probablement été construit par la Chine). Un seul ticket quelle que soit la distance, il n'y a que deux lignes –une bleue et une rouge- plus une toute petite. Le métro est propre, fonctionnel, le wagon des femmes est en tête (mais il n'est pas obligatoire). Il ouvre ses portes à 6 heures et les ferme à 22 heures, ce qui en dit long sur les folles nuits de Téhéran !

Nous allons nous promener dans un très beau parc (en règle générale, les parcs sont très bien entretenus) et, curiosité pour nous, il y a dans ce parc, outre des tables de ping-pong, quantité de matériel de gymnastique fixé au sol à disposition de qui veut s'en servir. On voit même des jeunes filles en tchador s'entraîner (c'est drôlement commode !).

Jean va faire une mémorable partie de ping-pong, mais, bon, la partie adverse était vraiment très forte ! Nous croisons beaucoup de monde dans ce parc et en particulier un vieil homme de 70 ans, accompagné de son fils, et qui regrette l'époque du Shah. Le fils s'en excuse presque…

 

Nous faisons connaissance d'un homme de 52 ans (mais il en paraît beaucoup plus), désireux de parler le français qu'il apprend seul à partir de livres. Il est bottier (il a commencé à travailler à 11 ans), il n'est pas à son compte mais prend du travail lorsqu'il en a besoin. Pour lui, la situation du pays et la sienne, sont meilleures aujourd'hui qu'avant la révolution. Il est marié et propriétaire de son appartement. Il a une fille qui fait son désespoir car à 18 ans, après avoir fait des études de graphisme, elle a cessé toute étude.

 

Retour à notre hôtel par le métro, il y a du monde et c'est pire qu'à Paris : les gens qui veulent monter empêchent littéralement les autres de descendre !

 

A la sortie de notre station, un Iranien va nous piloter pour nous mettre à la bonne sortie, ceci étant, nous nous trompons de direction une fois dehors et il va nous rattraper pour nous mettre dans le bon chemin ! Il va même nous accompagner jusqu'à notre hôtel (c'est son chemin, paraît-il). Il travaille dans une agence de tourisme mais n'insistera pas plus que cela.

Au restaurant du soir, la carte est astucieusement disposée en tête à tête : étant face à face, chacun peut prendre connaissance du menu.

 

Samedi 27/05/2006. Téhéran (où le narrateur constate avec joie le réveil de sa libido).

 

Nous avons décidé de consacrer cette journée aux musées et de commencer par le musée National.

Nous avons mis une bonne heure avant de le trouver et le plus étrange, c'est que personne ne semble le connaître!

En fait, pour les locaux, seuls existent le musée Bastan ainsi que le musée d'Art Islamique.

Le musée National indiqué dans les guides n'existe pas dans les esprits !

C'est un vétérinaire, rencontré dans la rue, qui va nous mettre sur la bonne voie. Il n'est pas que vétérinaire, il est aussi poète"lyrique", comme il va nous le préciser !

Pratiquement personne dans ces deux musées à part nous, un groupe de Japonais, un groupe de Français et même, quelques Américains.

Nous tentons ensuite de nous rendre dans un restaurant réputé : en fait nous nous apercevons assez vite que le plan de la ville de Téhéran donné par Lonely Planet est faux ! En fait, les lieux répertoriés sont décalés, si bien qu'il est très difficile de se repérer ! Une fois compris la règle "de décalage" les choses vont aller mieux, mais tout de même !

Donc, après nous être assis dans le restaurant d'un grand hôtel dont nous repartirons sitôt la carte en main (rien en dessous de 90.000 rials par tête !), nous nous contenterons de déjeuner dans une guest house pour moins que rien (52.000 rials pour nous trois).

 

Nous partons ensuite pour le palais du Golestân, visite des lieux et repos dans le jardin qui entoure le palais. Un jardinier va cueillir pour Marie et moi (Jean est parti prendre des photos) des mûres, qu'il va délicatement poser sur une feuille d'arbre.

Il est 15 heures 30, et le jardin va fermer. C'est alors que nous retrouvons notre homme d'hier (le bottier) ! Nous savions qu'il devait être dans les parages puisqu'il nous avait dit la veille être un familier du Golestân. Marie va lui laisser son manuel Français Farsi qu'elle avait acheté en début de séjour. Il nous demande quelques éclaircissements sur le livre qu'il est en train de lire (Geneviève de Gaulle-Anthonioz).

Nous filons ensuite vers le bazar où les seuls commerçants vraiment actifs, sont, comme partout, les marchands de tapis...

Nous prenons ensuite un taxi pour retourner à l'hôtel. Comme ce dernier refuse de nous dire le prix qu'il nous prendra, nous décidons de lui donner 10.000 rials point barre ! (Apparemment, il aurait bien voulu 15.000 rials !).

Avant de monter dans nos chambres, nous faisons un tour au Naderi café, qui d'après le LP, serait un lieu de regroupement des intellectuels…Bien moche, tables en formica des années 50, décors nul, enfin rien de conforme avec la description dithyrambique du guide !

 

Nous décidons de dîner dans le luxe et la luxure : au club arménien ! Pas facile à trouver car pas très visible de la rue : un dais jaune et une sonnette…

Il faut savoir que ce club est strictement interdit aux musulmans : il s'y passe des choses qu'on ne saurait montrer au vulgum pecus !

Les femmes (encore elles !) ont le droit de manger sans le hijab, il y a même un vestiaire pour s'en débarrasser le temps d'un dîner!

Eh bien, vous me croirez ou pas, mais ça m'a fait un bien fou de voir enfin des épaules dénudées, la naissances des seins sous des chemisiers légers, des cheveux, des jambes de femmes ! Ouf ! Un mois sans, je commençais à désespérer de la nature humaine !

La musique d'ambiance, c'est de la musique occidentale décadente (pas d'aujourd'hui, il s'agit de "que sera sera"et d'accordéon…).

La cuisine sera arménienne (normal !).

A la table voisine, des Chinois, visiblement sous le coup de la boisson (une bouteille de "Balantines" sur la table) dînent avec un Occidental.

Dans une autre salle, une vaste famille arménienne et dans notre salle, à l'écart, visiblement, une petite famille iranienne pure souche.

 

Dimanche 28/05/2006. Téhéran.

 

Visite de musées et en particulier du très beau musée (désert) du verre et de la céramique.

Puis nous prenons le métro et un taxi pour le musée Reza Abbasi

Nous déjeunons dans une pizzeria et le patron sympa, nous met dans un taxi direction Darband (paysage de cascades et de torrents).

Jean et Marie prennent le chemin du mont Tochal, je m'arrête en cours de route dans une maison de thé (dattes toujours délicieuses) et je les attends sur le chemin de leur retour.

 

Nous rentrons à notre hôtel mais par un taxi collectif, d'abord, qui va nous conduire place Tajrish. De là, à nous de trouver un bus qui nous conduira à la station de métro Mirdamad.

 

 

La recherche du bus allant dans la bonne direction est facilitée par le fait que nous sommes au terminus, mais compliquée par le fait qu'il y a un nombre considérable de lignes qui en part ! Alors, laquelle choisir ?

Heureusement, nous sommes aidés par un jeune homme qui va nous mettre au bon arrêt…Pour ce qui est du chauffeur du bus, il refusera tout paiement…Le bus se remplit au fur et à mesure des arrêts : il est 18 heures ! Le voisin de Jean entame la conversation. Il lui dit que nous sommes des invités de l'Iran, nous rassure quant à notre destination finale : le terminus de la ligne de bus est bien la station de métro Mirdamad.

Une fois arrivés au terminus, il va offrir à Jean et Marie un litre de lait (car il en a deux) et se précipiter pour nous acheter des billets de métro…

Il aura droit à nos derniers nougats d'Ispahan, ceux que je réservais à ma gourmande Régine !

De retour à notre hôtel, nous réglons quelques problèmes matériels (nous partons demain pour Paris et moins nous avons de rials, mieux ça vaut !).

Les phares des voitures sont soit blancs, jaunes, bleus ou même verts.

Un Anglais, touriste comme nous, nous avertit qu'il y a eu une émeute et des morts (5) dans le nord-ouest de l'Iran.

 

Lundi 29/05/2006. Téhéran, le jour le plus long !

 

Le jour le plus long, car nous devons être à l'aéroport vers 21 heures 30 et avoir rendu nos chambres pour 14 heures (nous laisserons nos bagages à la bonne garde de notre hôtelier). Entre temps, à nous d'errer de la manière la plus intelligente possible dans les rues de la capitale avec un minimum d'argent disponible…

Jean va profiter de ce début de matinée pour aller chez le coiffeur puis nous partons au bazar, nous visitons le musée des "Joyaux de la Couronne", nous déjeunons au Khayyâm. Après quoi nous nous allongeons sur la pelouse d'un jardin public : c'est là que je perds un verre de lunette (pas trop grave, car j'ai une paire de rechange dans mon sac à dos, et d'autant moins grave que Marie va retrouver le coupable !).

L'heure du dîner approche : nous le passerons au Tandoor restaurant en terrasse (après avoir longé l'ex ambassade US), où nous dépenserons le maximum de rials possible (je sais, ça fait goinfre !).

Nous retournons à notre hôtel pour prendre nos bagages et direction l'aéroport.

Passage de la douane sans aucun problème, par contre, nous avons un peu d'émotion lors de l'enregistrement car à la suite d'un vrai malentendu, seul le vol de Jean a été confirmé …Et les préposés à l'enregistrement font la grimace, mais bon, nous aurons quand même nos places et pourrons partir tous les trois le 30 au matin, avant la date d'expiration de nos visas !

 

Mardi 30/05/2006. Envol pour Paris ! (où l'on découvre enfin le visage de nos trois héros !).

Contrairement à l'aller, l'avion est plein à craquer ! Il y a même des passagères pour l'Australie, qui passent par Paris !

Toutes les femmes, sauf les très âgées, retirent leurs voiles…

Voilà Paris : il fait vraiment froid ! 6° à 6 heures du matin !